Salut Reader,
Je vais commencer par une bonne nouvelle.
Non, t'es pas en train de vieillir.
Non, t'es pas devenu cynique.
Et non, c'est pas juste de la nostalgie de vieux con qui dit
que c'était mieux avant.
C'était mieux avant. Et j'ai enfin les arguments pour le dire.
Voilà comment j'en suis arrivé là.
Je rentrais d'un week-end chez ma chérie.
Six heures de bouchons sur le retour, tout seul dans ma bagnole.
Et dans les podcasts que j'ai enchaînés, je suis tombé sur un reportage de Quotidien consacré au brain rot, littéralement : "la pourriture du cerveau".
Ils avaient invité une neuropsychologue.
Et ce qu'elle a dit m'a sorti de la matrice.
Elle explique que depuis 2005, on a perdu 1/3 du vocabulaire qu'on utilisait dans une année. On est passé de 36 000 mots à 24 000.
Aujourd'hui, pour dire que quelque chose est bien, on dit que c'est cool, que c'est super. On ne cherche plus. On raccourcit. On simplifie.
Et petit à petit, en simplifiant le mot, on simplifie la pensée derrière.
Mais ce qui m'a vraiment frappé, c'est une expérience qu'ils ont faite dans le reportage. Ils ont demandé à des gens de passer 5 minutes sur leur téléphone. Juste 5 minutes. Et après, ils leur ont demandé de se souvenir du premier et du dernier contenu regardé.
95% des gens étaient incapables de le faire.
95%.
Dans ma bagnole, j'ai refait le calcul dans ma tête. Et j'ai compris pourquoi j'avais depuis des mois cette sensation désagréable sur laquelle je n'arrivais pas à mettre de mots. Cette impression de perdre mon temps, de perdre ma vie, mais avec en même temps un besoin irrépressible d'y retourner.
C'est une addiction. Et j'ai honte de le dire.
Parce que moi le premier, je me dis :
"Non mais c'est pour le boulot, je dois rester connecté, je dois savoir ce qui se passe."
Mais en vrai ? Non. La société ne dépend pas de moi.
Et les réseaux sociaux ne sont qu'un miroir déformant
de ce qui se passe dans le monde.
Ce qui est déprimant dans tout ça, c'est que ce n'est pas un accident. C'est un modèle économique. Plus t'es choqué, plus tu commentes, plus tu partages, et plus la plateforme gagne de l'argent.
Alors les algorithmes sont calibrés pour ça.
Pas pour t'informer. Pas pour t'élever. Pour te garder collé.
Et on a mis ce truc dans les mains de tout le monde.
Alors t'as beau te souvenir d'une époque où les réseaux servaient à quelque chose, où des mouvements se construisaient, où des causes avançaient, où tu pouvais apprendre des trucs utiles en une minute, cet espoir-là n'existe plus vraiment. Il a été bouffé par le système.
Bon. Et maintenant, on fait quoi ?
Parce que oui, c'est chiant à entendre. Mais je ne t'ai pas dit tout ça pour te déprimer. Je t'ai dit tout ça pour qu'on soit honnêtes ensemble.
Voilà ce que je vais faire de mon côté.
D'abord, diviser mon temps d'écran par deux.
En regardant mes stats cette semaine : 42 heures au total sur mon téléphone, dont presque 12 heures sur Instagram, j'ai eu honte. Vraiment honte.
Ensuite, arrêter d'aller lire les commentaires.
Ce réflexe de malheur que j'ai de regarder comment les gens se font massacrer dans les commentaires. Même quand je veux défendre quelqu'un que j'apprécie, ça me plombe.
Je repars avec de la tristesse pour un mec que je connais même pas.
Ça sert à quoi ?
Et enfin, arrêter l'onglet "explorer".
Ce défilement infini de propositions que t'as pas cherchées, que t'as pas demandées, et qui te tiennent en haleine juste parce que le suivant sera peut-être intéressant. Spoiler : il ne l'est presque jamais.
Et puis à côté, des trucs pour aller dans l'autre sens.
Élargir mon vocabulaire.
Pas pour paraître intelligent. Pour penser mieux. Pour avoir accès à des nuances que les mots trop simples ne permettent pas d'exprimer. Parce que le mot, c'est l'outil de la pensée. Si t'as moins de mots, t'as moins de pensées. Et si t'as moins de pensées...
Lire plus.
Pas des livres de développement perso qui tournent en rond. Des polars. Parce que c'est ce que j'aime vraiment. Et ce week-end, en racontant mon livre à mon fils, il m'a dit quelque chose qui m'a beaucoup touché :
"C'est fou papa, quand tu racontes ton histoire, je vois les images dans ma tête."
Ça m'a rendu heureux. Et un peu triste aussi, parce que je me suis dit que peut-être, lui, il n'a pas eu assez souvent l'occasion de voir
des images dans sa tête.
Écrire.
Pour moi, pas pour le boulot. Pour garder une trace de mes pensées, les faire évoluer, les confronter dans six mois.
Voilà. C'était pas un article très structuré. Mais c'était un article honnête.
Et si toi aussi t'as ce caillou dans la chaussure, cette sensation que le monde était mieux avant et que tu n'oses pas vraiment le dire de peur de passer pour un vieux con, sache que t'es pas seul.
Et sache surtout que c'est pas de ta faute.
On a mis un poison à petite dose dans nos mains. Et on s'y est habitués.
À bientôt.
Greg 😘
🎙️ PS : L'épisode complet est là si tu veux rentrer dans le détail ⬇️