Salut Reader,
Il y a quelques mois, j’ai eu une conversation avec un ami qui me parlait de sa "routine bien-être". En l’écoutant, j’ai compté : jeûne intermittent depuis lundi, ashwagandha depuis mercredi, méditation le matin sauf quand il oublie, et une nouvelle application de sommeil depuis la semaine d’avant.
Il était épuisé de prendre soin de lui. Je ne l’ai pas jugé.
J’ai fait exactement la même chose.
Le piège de l'optimisation
Il y a une période où j’ai voulu optimiser ma récupération entre mes sorties de trail. J’ai lu, écouté, testé. Bain froid un jour, magnésium le lendemain, suppression du café le surlendemain, retour du café parce que sans café je ne suis pas vraiment moi.
En trois semaines, j’avais accumulé suffisamment de variables pour ne rien pouvoir conclure sur aucune d’entre elles. C’est ça, le vrai problème de la surinformation en bien-être. Pas qu’elle donne de mauvais conseils. C’est qu’elle nous apprend à consommer des pratiques plutôt qu’à les habiter.
Le corps n'est pas une application
Le corps n'est pas une application qu’on met à jour. C’est un système biologique qui évolue par cycles lents, par adaptations progressives, par remodelages qui se comptent en semaines et jamais en jours.
- Un microbiome ne se recalibre pas en 72 heures.
- Un système nerveux n’apprend pas à décompresser après trois séances de méditation.
- Les tendons s’adaptent à une nouvelle charge en six à huit semaines, pas en une.
Quand on essaie cinq choses différentes en une semaine, on n’expérimente pas. On s’agite.
Ma règle des 5 semaines
Depuis, je me suis donné une règle simple :
une chose à la fois, au moins cinq semaines.
Pas par discipline stoïque. Par logique. Si je veux savoir ce qu’un changement fait à mon corps, je dois l’isoler assez longtemps pour que le signal émerge du bruit. C’est la même rigueur qu’on applique en clinique : on ne change pas trois paramètres en même temps pour se demander ensuite pourquoi le patient va mieux ou moins bien.
Cinq semaines sur le sommeil. Observer.
Cinq semaines sur la charge d’entraînement. Observer.
C’est souvent plus ennuyeux, et l’ennui est devenu insupportable dans un monde où il y a toujours un nouveau protocole à essayer.
La dopamine de la découverte vs la répétition
Ce qui m’a le plus frappé, c’est que mes meilleures progressions en course à pied ne sont jamais venues d’une technique nouvelle. Elles sont venues de semaines entières où j’ai fait la même chose, régulièrement, sans chercher à ajouter quoi que ce soit.
On vit dans un environnement qui récompense la curiosité et punit la patience. La dopamine du j’ai découvert quelque chose est plus immédiate que celle du j’ai changé quelque chose. Mais le corps, lui, ne répond pas à l’intention.
Il répond à la répétition dans le temps.
Alors mon conseil du jour : Si tu es en train de te demander pourquoi tes efforts ne donnent rien, avant de chercher ce qui manque dans ta routine, demande-toi combien de temps tu as vraiment donné à ce que tu as déjà.
Peut-être que la réponse n’est pas ailleurs. Peut-être qu’elle est juste un peu plus loin dans le temps.
Prenez soin de vous,
Greg 😘